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Les deux promoteurs d’un idéal commun

Si les grandes lignes de la création et les motifs officiels de la suppression de l’association des Amici sont de notoriété publique, par contre, faute de pouvoir consulter le dossier (qui, à l’époque où je rédigeais mon enquête, faisait partie des archives vaticanes encore inaccessibles [1]), on ne connaissait, des raisons qui ont amené l’autorité ecclésiastique à prendre cette sanction, que ce qu’en disaient les commentaires de l’époque, plus ou moins tendancieux ou mal informés. Ces derniers sont sans doute grandement responsables du discrédit rétrospectif dont furent victimes Maria Franceska van Leer, catholique hollandaise convertie du judaïsme, zélée propagandiste de l’œuvre, et, dans une moindre mesure, le Père Anton van Asseldonk, son secrétaire et factotum. Tandis que tombait sur le religieux la chape de plomb de la réprobation silencieuse qui était d’usage alors, dans les milieux ecclésiastiques, à l’égard de ceux qui avaient eu l’infortune d’encourir une sanction de la part du Saint-Office, F. van Leer devint le bouc émissaire que l’on chargea de toutes les exagérations et déviations, réelles ou supposées, reprochées à l’association Amici Israel. Les passages suivants du livre de l’écrivain Stanislas Fumet sont tout à fait représentatifs de cet état d’esprit [2]:

« …cette juive convertie… avait obtenu le droit de parler dans des églises de Hollande ou d’Allemagne pour prêcher à sa manière. Elle avait un grand tempérament apostolique et elle avait essayé de nous communiquer son enthousiasme pour la cause du judéo-christianisme […] Elle était sincère, dynamique, électrisante. Elle galvanisera plusieurs prêtres néerlandais qui finirent un peu désaxés. Mais nous aimions sa vitalité, son audace judaïque, sa confiance en Dieu. Néanmoins, nous ne pensions pas qu’on lui accordât à Rome un pareil prestige. »

Et, à nouveau, à propos des causes de la dissolution de l’Association [3]:

« Les Amis d’Israël, cette association qu’avaient fondée autour de Franceska van Leer deux prêtres hollandais, et à laquelle nous appartenions [4], perdirent leur crédit auprès du Vatican en 1926. Le cardinal Van Rossum les soutenait de son mieux, Pie XI leur avait témoigné sa sympathie […] Mais il est vraisemblable que les théologiens qualifiés d’ « intégristes », considéraient comme aventureuse la doctrine prêchée avec une exaltation qui ne nous échappait guère, à nous autres, de France, et ne se privaient pas d’éplucher les textes des Amis d’Iraël sans trop de bienveillance. Nous n’en pensions pas moins que nos Hollandais faisaient de l’inflation mystique et risquaient de sortir des rails […] Si bien que l’Association des Amis d’Israël, un jour moins beau, fut dissoute. Il en était mieux ainsi, car nos deux prêtres hollandais, le gentil abbé Klinkenberg et surtout l’excellent prêtre qu’était le P. Van Asseldonk, président de l’Association [en fait, il en était le secrétaire], commençaient par trop à se sentir prophètes. »

Il est étonnant que ces deux textes sommaires aient pu servir de matériau de base, évoqué ou inavoué – et parfois unique –, à la plupart des travaux consacrés à l’histoire malheureuse d’Amici Israel.

Faisons donc le point pour ce qui est de F. van Leer d’abord, et du P. Van Asseldonk ensuite.


  1. On sait que l’ouverture des archives vaticanes se fait par pontificat. Ainsi, n’étaient consultables alors, sauf dérogation exceptionnelle, que les archives relatives au pontificat de Benoît XV (1914-1922). J’écrivais, à ce propos : « Les prochaines archives accessibles seront celles du pontificat de Pie XI (1922-1939). En ce qui concerne celles d’Amici Israel, il faudra sans doute attendre les années 2020-2030. Sur les habitudes en matière d’ouverture des archives pontificales, consulter les pages instructives qu’y consacre E. Poulat, dans sa préface à G. Passelecq et B. Suchecky, L’encyclique cachée de Pie XI. Une occasion manquée de l’Église face à l’antisémitisme, La Découverte, Paris, 1995, p. 25-26.»
  2. S. Fumet, Histoire de Dieu dans ma vie, Fayard-Mame, Paris, 1978, op. cit., p. 300. Les italiques sont de moi.
  3. Id., Ibid., p. 301-302. Les italiques sont de moi. Fumet fait, de F. van Leer, l’âme de l’Association, ce qui est tout sauf établi.
  4. Cette précision intrigue J. Boly (art. cit., note 1, ci-dessus, [20]). Et de fait, on a vu, plus haut, qu’Amici Israel était une « œuvre sacerdotale ». Mais la difficulté disparaît si l’on tient compte de la précision suivante, que l’on trouve dans l’article de A. Ramaekers, “Doctor Anton van Asseldonk o.s. crucis 1892-1973”, (en néerlandais) in Clairlieu, Achel, 1978, op. cit., p. 18) : « Dans plusieurs diocèses furent créées des piae uniones avec les Amici Israel ».

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