Motifs allégués par l’Église pour dissoudre ‘Amici Israel’: un dilemme

On l’a vu : ni les motifs allégués par le Saint-Office pour motiver l’abolition de l’association Amici Israel, ni les justifications qu’en ont données les théologiens commentateurs, contemporains et postérieurs, n’apparaissent comme pleinement convaincants.

En outre, deux années d’existence, s’agissant d’une expérience aussi novatrice et susceptible d’inquiéter les esprits timorés et conservateurs, c’est un laps de temps trop long pour une période probatoire. Inversement, c’est un laps de temps trop bref s’il s’agissait d’une initiative qui avait la faveur de l’Église.

Dans l’une comme dans l’autre hypothèse, au vu de l’issue négative, les raisons profondes qui ont guidé la décision de la hiérarchie ecclésiastique, d’abord favorable à l’existence de cette œuvre, puis hostile à sa continuation, restent obscures.

Par ailleurs, comme établi plus haut, aucune des raisons susceptibles de motiver une telle sanction ne s’avère contraignante, et la preuve a été faite de la faiblesse du recours à l’argument de la découverte «tardive» d’une prétendue «déviation» dans les conceptions et l’action d’Amici Israel.

Le chercheur se trouve donc devant un dilemme dont les deux termes sont aussi difficiles à accepter l’un que l’autre :

  • Soit, après avoir fait siennes, dans un premier temps, des conceptions novatrices très favorables aux Juifs (sans s’inquiéter de ce qu’elles étaient en rupture avec une tradition patristique et ecclésiale presque unanimement hostile à ces derniers), l’autorité hiérarchique aurait finalement fait marche arrière (sans doute sous la pression de détracteurs puissants), tout en attribuant sa volte-face à la mauvaise orientation prise ultérieurement par l’œuvre.
  • Soit, effrayée par l’exaltation, l’obstination dans son jugement propre et les désobéissances du fondateur, un religieux en vue, l’autorité hiérarchique aurait décidé de mettre un terme à son œuvre en faveur des Juifs, malgré ce qu’elle comportait de bon, en alléguant pour cela des motifs qui n’étaient pas les vrais.

On verra, ci-après, qu’il existe une voie moyenne d’interprétation, qui rend justice à la fois au souci légitime de toute institution religieuse de préserver sa doctrine et son action pastorale de déviations graves, et également à l’honneur de personnes sincères et respectables, dont le seul tort fut d’avoir vu trop loin et voulu agir trop vite, dans un contexte socio-religieux peu favorable à l’éclosion de conceptions aussi radicalement en rupture avec les idées reçues et les préjugés du temps.

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